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mardi 3 février 2015

Lyon-Turin : les affaires reprennent par Jean-Marc Weber

La démocratie participative. Défense de rire. Dans son livre « Trafics en tous genres », publié chez « tim buctu éditions », Daniel Ibanez se livre à un bel exemple de démocratie participative.

Mu par la seule question de l’utilité publique, cet économiste a tenté de saisir le bien-fondé de celle du projet de nouvelle liaison ferroviaire Lyon-Turin, ainsi que le percement du tunnel afférent. S’appuyant sur des rapports comme celui rendu par la Cour des Comptes en août 2012 ainsi que sur ses propres études et analyses, et contrairement à ce qu’indique la loi, le livre montre comment dans cette affaire, il n’y a pas eu de débat public. Pour les responsables, élus ou professionnels du bâtiment et de la mamelle publique, il y a d’un côté ceux qui savent et de l’autre les irresponsables qui ne savent pas de quoi ils parlent. Tout ce qui peut générer de grands profits fonctionne de la même façon (cf les industries pharmaceutique, alimentaire, celles relevant du domaine de l’énergie, et j’en passe). D’ailleurs en démocratie où règne la liberté d’expression, le paradoxe veut que ceux qui savent s’escriment par tous les moyens à ne pas divulguer les informations, tandis que les prétendus ignorants, opposants idéologiques, forcément manipulés par, etc. etc. sont tout bonnement priés de se taire. Et s’ils ne se taisent pas assez fort, on tente de les y obliger, d’abord en tâchant de les discréditer, puis devant un tribunal (en Italie, le poète et romancier Erri De Luca est actuellement poursuivi pour « incitation au sabotage ») ou plus prosaïquement en les occupant à négocier avec des crs. Parfois on les piège sur un plateau télé comme sur France 3 en 2012 où, après un publi-reportage d’une heure en faveur du projet, on leur donne trois minutes pour exposer leurs analyses. (p.131) « Il nous faut rencontrer les élus, la presse, et leur transmettre les informations sur les capacités de la ligne existante, montrer les documents, prouver le caractère trompeur et fantaisiste des allégations. » (p.180) « Les recherches et les analyses permettent de mettre en évidence une sorte d’imposture… loin d’avoir favorisé un état des lieux objectif, tous les moyens ont été mobilisés pour trouver des slogans et des évidences simplistes justifiant le projet. » Le pot de terre face au pot de fer. Et pourtant elle tourne, aurait murmuré Galilée, et comme en écho, les opposants au projet continuent de gueuler : et pourtant la nouvelle ligne est inutile, coûteuse et propice à toutes sortes de magouilles politico-financières. Le livre de Daniel Ibanez porte un éclairage sur les conditions dans lesquelles tout cela est rendu possible. En l’absence d’un réel débat public objectif et au besoin contradictoire que pourtant la loi impose.
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